Le blog a ceci de particulier par rapport au format "site internet", c'est sa périodicité, la nécessité d'un perpétuel renouvellement. Beaucoup de blogs choisissent une thématique, un format d'intervention de type épisode récurrent. Les lecteurs fidélisés s'attendent à retrouver des personnages, des rubriques...
Le format typique du blog est naturellement le journal intime. En observant les journaux intimes, j'ai noté qu'il s'agissait d'une formule essentiellement féminine.
Une chose m'étonne par rapport à cette production c'est le décloisonnement privé/public qu'elle manifeste. Un journal intime, par définition, est intime. Voire caché. On écrit des choses et particulièrement des choses que l'on a du mal à vivre, à dire... En passant par le biais du net, on affiche désormais nos mélancolies à travers la toile en essayant de trouver un lectorat. Un témoin.
Bizarement, le journal intime "papier" est quelque chose de caché, dont on craint en général qu'il tombe entre les mains de lecteurs. Je me souviens, il y a quelques années, je suis allée passer quelques jours chez un ami, et j'ai oublié chez lui mon journal. En y réfléchissant, je n'avais vraiment aucune envie plus ou moins consciente d'oublier ça chez lui. Il me l'a gentiment renvoyé par la poste et je n'ai jamais, jamais repris contact avec lui... J'ai vécu cela comme une honte totale, J'avais noté dessus toutes mes erreurs, échecs, noyades, diverses hontes...Je me suis sentie toute nue et indigne par rapport à l'image que je voulais donner de moi. Je me sentais minable. Je crois que pour beaucoup, cette mésaventure est un véritable cauchemar.
Etre lu, dans le cas d'un journal intime papier, est un accident, une épreuve, une crainte. Je suis alors particulièrement surprise et intriguée parce que le blog intime lui, à vocation à se diffuser, à se mettre délibérement à nu. Au contraire, c'est dans la diffusion et la lecture que le blog intime prend toute sa dimension. La publicisation de son espace privé devient un véritable enjeu.
Malgré tout, j'ai par ailleurs noté que certains blogueurs prennent des risques, qu'ils ne souhaitent pas que certains les découvrent, découvrent leur véritable identité. Il y a donc une sphère de lectorat que l'on s'autorise et d'autre que l'on redoute ou rejette. Je n'ai par exemple aucune envie de retrouver mon beau-frère comme lecteur !! Je me demande si d'autres, comme moi, ont choisi de divulguer ou pas, dans sa sphère de connaissances, la tenue d'un blog. Ce qui me laisse penser que la publicisation de sa vie privée est cependant limitée tout en dessinant des nouvelles frontières de l'intime.